|
Douleurs
du coude

L'épicondylite
est aussi appelée "tennis elbow" quand elle survient
chez les pratiquants de ce sport. C'est la tendinite des muscles épicondyliens.
L'épicondyle est la petite bosse à la face externe du coude
(la plus haute, on sent un centimètre en dessous une autre bosse
moins proéminente qui est la tête du radius). C'est une surface
réduite où s'attachent plusieurs muscles de l'avant-bras.
Ils permettent surtout l'extension du poignet et des doigts, la supination
(le mouvement de tourner la main vers l'extérieur) et plus accessoirement
la préhension. Ils sont donc fréquemment sollicités
dans la vie quotidienne. Or la surface de l'épicondyle sur laquelle
se fixe le tendon commun à tous ces muscles est relativement étroite
par rapport aux contraintes qu'elle subit. Typiquement ce n'est pas tellement
un traumatisme mais une traction répétée sur la même
zone du tendon qui va le "décrocher" de son insertion
osseuse.
L'épicondylite survient ainsi après un effort répétitif,
que vous avez pu déjà exercer, mais pas avec la même
intensité: vous avez taillé une haie toute une matinée,
joué du tournevis pour monter un meuble en kit, manié le
cutter ou le rouleau à peinture trop longtemps; chez le tennisman
c'est un entraînement plus intense ou une partie contre un "cogneur"
qui décompense la situation.
C'est une tendinite très particulière, différente
de celle de l'épaule ou du tendon d'Achille: dans ces dernières,
il s'agit généralement d'une lésion du corps du tendon;
dans l'épicondylite c'est une lésion de l'enthèse,
c'est-à-dire de la jonction os-tendon. Elle ressemble plus à
une fissuration osseuse qu'une tendinite proprement dite, et cela explique
sa très longue durée d'évolution: l'os est un tissu
qui se renouvelle et se répare très lentement; il faut 6
semaines pour que le
remodelage
osseux efface une fracture, à condition que l'immobilisation
soit suffisante. L'épicondylite n'est pas une véritable
fracture, juste une zone osseuse devenue plus fragile, avec un afflux
de cellules sanguines et une accélération du remodelage.
Pourtant, les tractions modestes mais répétées de
la vie quotidienne (quand vous déclenchez la douleur) suffisent
à empêcher la consolidation complète.

Le
traitement le plus simple est ainsi d'esquiver soigneusement sa
douleur: repérez bien les mouvements qui la déclenchent,
en général l'extension du poignet et des doigts (surtout
bras étendu), la
supination
et la préhension
forte (manipulation d'outils). Evitez ces mouvements et remplacez-les
par d'autres: les mouvements d'ouverture (supination, préhension)
seront faits de l'autre main, le soulèvement des objets sera fait
paume vers le haut (travail du biceps) au lieu de paume vers le bas, etc...
Le plus difficile est de ne pas essayer de se rendre compte du résultat
tout de suite: si vous testez vos épicondyliens dans les premières
semaines, vous ne verrez aucune amélioration, voire vous casserez
la consolidation que vous étiez en train d'obtenir.
Bien sûr il y a des situations où cette attention gestuelle
n'est pas possible, en particulier quand un geste professionnel répétitif
déclenche la douleur. Le meilleur traitement reste alors le changement
provisoire de poste, à voir avec le médecin du travail,
muni d'une lettre explicative de votre médecin traitant. Car même
les traitements plus agressifs peuvent n'avoir qu'un effet temporaire
si le travail a un rôle central dans le déclenchement de
la tendinite. 
Voyons les autres traitements:
Les anti-inflammatoires, par voie locale ou buccale, ont peu ou
pas d'intérêt: la douleur est plutôt due à l'hyperhémie
(afflux de sang) osseuse qu'à une véritable inflammation
tendineuse. De plus, même si les tissus ne sont pas épais
à cet endroit, le tendon, très dense, fait écran
au produit.
Les bracelets et autres orthèses anti-épicondylites sont
d'une efficacité tout aussi douteuse: s'ils ne limitent pas les
mouvements des épicondyliens ils ne peuvent être utiles qu'en
rappelant à leur porteur qu'il faut faire attention (et pas continuer
à jouer au tennis...). S'ils sont d'efficaces bloqueurs, ils sont
gênants, mal supportés et pas suffisamment utilisés.
Quid d'un plâtre? C'est un traitement un peu lourd pour une douleur
certes irritante et prolongée, mais rarement invalidante au point
qu'on accepte de passer 6 semaines avec un tel engin. En plus si la tendinite
a été déclenchée par une activité que
vous comptez reprendre à l'identique (tennis...), vous rechuterez
probablement dans un délai bRéf. Mais c'est peut-être le
meilleur traitement si c'est un effort inhabituel qui a déclenché
vos ennuis et que vous êtes anti-infiltration.
Les traitements
appliqués par les kinésithérapeutes sont le
massage transverse ponctué et la physiothérapie.
Leur effet escompté est d'activer la circulation locale (et d'accélérer
la réparation de l'enthèse?), de réduire l'inflammation.
Mais, d'inflammation il n'y a guère. Quant à l'accélération
de la guérison, elle est difficile à démontrer et
l'évolution reste très lente. Vous pouvez à vrai
dire appliquer ces traitements sans vous déplacer chez le kinésithérapeute,
ce sera peut-être plus efficace car vous le ferez plus souvent:
Le massage tranverse ponctué consiste à chercher
votre point douloureux électif et à masser perpendiculairement
aux fibres du tendon (perpendiculairement à l'axe du bras).
La physiothérapie peut être effectuée à l'aide
d'appareils spéciaux (ultrasons, ionisations, électrothérapie)
mais qui n'ont pas démontré leur efficacité dans
cette indication, ou plus simplement par thermothérapie: application
de froid, de chaud, ou des 2 en alternance. Le seul bénéfice
objectif est un soulagement immédiat et provisoire de la douleur
sans effet réel sur le fond.
Les étirements des épicondyliens sont utiles: comme
pour la plupart des tendinites, c'est l'un des meilleurs traitements préventifs
d'une rechute, en réduisant les tractions sur le tendon exposé.
Mais ils ont seulement un rôle d'appoint sur une tendinite installée.
La mésothérapie
peut être efficace car c'est une tendinite superficielle. Mais c'est
une technique anti-douleur, pas réparatrice. Elle est guère
moins agressive que l'infiltration: il y a moins de réactions douloureuses
vives mais il faut répéter les séances, et les guérisons
complètes sont beaucoup plus rares qu'avec l'infiltration.
L'infiltration de corticoïdes est le traitement de choix des
épicondylites traînantes. Sa réputation mitigée
tient à plusieurs facteurs: l'appréhension générale
liée à la piqûre, le fait d'utiliser des corticoïdes
(voir
infiltration). La technique
pour cet endroit doit être bien connue de l'opérateur, la
réaction douloureuse est habituelle et vive pendant 48 heures.
Ces suites difficiles ne témoignent pas d'une mauvaise technique:
elles sont attendues car le produit doit être amené sur la
jonction os-tendon, qui n'est pas une zone très lâche. On
doit cribler la zone douloureuse. L'aiguille étant très
petite, ce n'est pas elle qui fait mal, mais l'injection du produit dans
un espace non distensible.
Soyez donc prévenu de cet inconvénient et n'hésitez
pas à réagir en conséquence. Trop d'appréhension
avant la piqûre: demandez au médecin une prémédication,
antidouleur et éventuellement relaxant léger (attention
si vous devez conduire, testez le produit auparavant); il existe des gels
anesthésiants locaux, d'efficacité limitée. Une véritable
anesthésie locale n'est pas conseillée: l'aiguille serait
la même, et mieux vaut garder la place disponible pour le produit
traitant.
En cas de réaction douloureuse dans les 48 heures qui suivent,
soyez équipés d'antalgiques
de niveau 1 ou mieux de
niveau
2. S'ils ne sont pas suffisants, appliquez du froid par intermittence:
soit tout simplement de la glace à travers un linge, soit plus
pratique une compresse thermique
gardée au congélateur.
Le résultat en vaut la chandelle, car après quelques jours,
même en cas de réaction douloureuse initiale, votre douleur
habituelle disparaît.
Si la douleur n'a pas complètement disparu au bout de 2 semaines,
quand le produit a cessé d'agir, il ne faut pas hésiter
à en refaire une deuxième, surtout si la tendinite a été
tenace de longs mois auparavant. Sinon la douleur revient insidieusement
à son niveau initial, obligeant à refaire par la suite 2
à 3 infiltrations supplémentaires, alors qu'une faite assez
proche de la première aurait suffit

L'infiltration
abîme-t-elle le tendon?
Elle l'agresse, oui, mais pas d'une façon dangereuse. Dans la majorité
des infiltrations tendineuses, on évite soigneusement d'injecter
dans le corps du tendon, contre résistance, pour ne pas l'abîmer
justement. Mais pour l'épicondylite qui est une enthésite,
l'expérience montre que c'est la méthode la plus efficace.
Les dégâts sont sans doute minimes, car l'aiguille est trop
petite pour être agressive et les quantités de produit injecté
contre résistance restent réduites. Le remodelage osseux
est probablement plus efficace pour réparer l'enthèse que
la réparation du corps d'un tendon, car on n'observe jamais de
rupture des épicondyliens.
Sachez enfin que la chirurgie, outil ultime du traitement de l'épicondylite,
consiste à dés insérer la zone malade du tendon, ce
n'est donc pas non plus très sympathique pour vos épicondyliens.
Chez ceux qui sont handicapés depuis assez longtemps pour en arriver
là, c'est un traitement efficace dont l'effet anti-douleur permet
de reprendre davantage d'activités physiques, malgré la
désinsertion.
L'infiltration abîme-t-elle la peau?
C'est, avec l'infection (comme toute injection), le seul ennui réel
de l'infiltration: les tissus sont minces à cet endroit et une
injection de corticoïdes peut entraîner une atrophie cutanée:
la peau est amincie, décolorée. L'incident est très
exceptionnel, surtout si la technique est bonne: injection profonde, pas
de "séries" d'infiltration: une suffit parfois, une deuxième
est souvent utile, la troisième est rarement nécessaire,
au-delà il faut remettre à plat tout votre problème.
Attention, une récidive à distance (plus de 3 mois après
une amélioration complète) est à considérer
comme un nouveau "décrochage" de vos tendons, et l'on
peut refaire des infiltrations. Mais il faudra s'attacher davantage à
examiner les éléments favorisants votre épicondylite,
geste professionnel en particulier, et les prévenir.

L'épitrochléite
est l'autre tendinite courante du coude, située sur la "bosse"
opposée à l'épicondyle (si vous avez l'avant-bras
le long du corps, paume tournée vers l'avant, l'épitrochlée
est la bosse située le plus à l'intérieur, l'épicondyle
est la plus à l'extérieur).
Elle est moins fréquente que l'épicondylite, et un peu moins
traînante. La cause est la même, après des efforts
différents, qui ont trop sollicité vos muscles épitrochléens.
Le traitement est semblable. Les mouvements à éviter sont
la flexion des doigts et la pronation (mouvement de tourner la main vers
l'intérieur.

Les
autres douleurs concernent:
-les nerfs qui passent par le coude: elles se reconnaissent au fait qu'elles
s'étendent largement vers le bas et le haut. L'identification du
site exact du conflit n'est pas toujours facile. Il peut s'agir d'une
névralgie d'origine cervicale. Le traitement
physique ou anti-inflammatoire local améliore la douleur si l'on
est au bon endroit.
-l'articulation elle-même: entorses chez les jeunes,
arthrose chez les seniors (rare à cet endroit sauf en cas
de traumatisme ou malformation antérieure). Signalons que certaines
personnes ont un ménisque entre l'humérus et le radius,
qui peut être source de problèmes comme au genou, mais c'est
exceptionnel.
-les autres tendinites du coude sont plus rares. N'hésitez pas
à chercher activement votre point douloureux le plus net et à
l'inscrire au feutre pour aider le médecin: votre douleur ne sera
pas forcément aussi vive quand vous le verrez.

Retour au début |